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Enquête

Dans l’optique de saisir un peu l’ambiance des clubs d’échecs qui très souvent donnent la nausée aux novices, Détective Guimauve est allée investiguer pour vous sur le plancher.

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MARDI 16 NOVEMBRE 2016

Dans l’optique de saisir l’ambiance des clubs d’échecs qui très souvent donne la nausée aux novices, Détective Guimauve est allée investiguer pour vous sur le plancher.

 

 

En cette fin de journée d’automne, je descends la rue St-Denis dans le but de dévoiler au grand jour, tous les secrets des arcanes que peuvent susciter chez vous, le club d’échecs de la ville de Montréal. Je me rends au Tournoi de Novembre sous une fine pluie persévérante et j’espère avoir la même constance qu’elle lors de ma première joute officielle. Un mélange de perfide excitation vient se cambrer derrière une crainte de peut-être perdre ma première partie, mais ne l’oublions pas, il est bel et bien question de percer le mystère des bas fonds de ce jeu, plutôt que de gagner impétueusement des points ELO.

 

Je monte au club dans un ascenseur pas très net jusqu’au quatrième étage. La porte s’ouvre sur un univers couleur gâteau-reine-élizabeth et devant moi se trouve l’arbitre officiel et organisateur oligarque du tournoi. Je débourse le fameux vingt dollars pour l’inscription avec un petit deux dollars supplémentaire pour la carte de membre (!). On me fait ensuite descendre au 3e étage pour me relocaliser avec des joueurs de mon calibre... Je me sens un peu comme sur le Titanic, où plus l'on descend d’escaliers, plus on se retrouve conjointement lié avec la petite plèbe outrageuse. Dans la pièce du bas, les murs sont jaunes comme mes dents et je suis la seule fille présente dans l’espace. Je prends place en réclusion pour avoir une vue d’ensemble acceptable de ma table.

 

Un homme se lève pour échanger les pièces en plastique de son échiquier et les remplace par de jolies pièces en bois. En procédant à cette opération, il explique au garçon posté devant lui qu’il a frappé un chevreuil la veille et qu’il devrait peut-être s’acheter un billet de 649 : «parce qu'un tel accident en ville relève de l'étonnement !». Le garçon en face de lui porte une chemise carottée rouge et arbore un accent slave, comme quoi les clichés échiquéens reviennent tout autant qu’avant. Un autre plus discret écoute sa musique attablé seul et joue aux échecs sur son téléphone. Deux autres jeunes hommes pénètrent dans la pièce et reconnaissent leurs compagnons. S’ensuivent des rires et des évocations des matchs joués plus tôt en saison. Une quinquagénaire entre à son tour dans la salle et s’installe près de moi. Les présentations se font très poliment et on m’indique qu’il y a du café et des biscuits pour cinquante sous au premier étage. Comme soudées par notre oestrogène, nous nous sourions sans cesse, intriguées peut-être par notre passion commune du maniement des pions. 
 

L’arbitre finit par arriver, tend des horloges à ceux et celles qui n’en possèdent pas (lire ici juste moi) et tranche enfin entre les personnes qui devront s’affronter. Je m’installe devant un grand irlandais roux du nom de Graham. N’ayant pas soupé, je pense activement aux biscuits Graham trempés dans le sirop d’érable et je me délecte mentalement de ce petit souvenir d’enfance. Mon adversaire a un sourire angélique malgré sa posture de hooligan. Malheureusement pour moi, le hasard impérieux fait en sorte que je possède les noirs pour entamer la bataille. Nous nous serrons la main et voilà la partie qui commence.

 

Devrais-je vous conter la fin? Ma mission, une fois accomplie ne devrait-elle pas être l'unique conclusion à tirer de cette aventure? Ah! J'entends d'ici votre plainte, pauvre petite mazette! Rassurez-vous, je suis comme vous. Je sais perdre en toute humilité (ou humidité? Quel sport!) Alors, voici la suite: La joute s'est jouée durant plus d'une heure et j'ai finalement été matée par la Dame blanche en h8.  Fidèle à sa posture d’homme doux, Graham me sourit, désolé et me tend la main en me remerciant de la plaisante partie. Quelle belle galanterie face à une pauvre petite guimauve fondue.